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Debout les morts

Texte court publié dans le recueil
"Debout" aux éditions La Kopé

FEMME : Voilà. Ça commence comme ça. À chaque fois. Exactement comme ça.

Je suis sur scène, comme ça. Personne ne s'intéresse à moi. Les projecteurs s'éteignent. Personne n'applaudit. Je sens le poids de l'obscurité. Elle pèse de plus en plus lourd. Je cherche un interrupteur, une sortie de secours. Rien. Il n'y a plus rien autour.

J'entends « GAME OVER » et la musique énervante qui va avec. Mais je ne suis pas énervée. J'ai peur. Peur de la chute. Et je tombe. Je tombe sans bruit. Je tombe. Je sombre dans le silence et la nuit. Je tombe. Mon corps s'efface à demi. Je tombe. Je ne suis plus qu'un souffle dans la nuit. Je tombe. Je sens que je m'évanouis. Je tombe. Un dernier soupir et c'est fini.

Alors là, on arrive au moment où je vois défiler ma vie. Et comme à chaque fois, je m'ennuie. J'aurais préféré regarder le dernier épisode de ma série. Savoir au moins comment ça se finit.

HOMME : On dirait que tu commences à te faire à l'idée. Toi et moi, on a crevé.

 

FEMME : Comme des ballons !

 

HOMME : On a disparu.

 

FEMME : Comme par enchantement.

 

HOMME : On s'est éteints.

 

FEMME : Comme des ampoules grillées.

 

HOMME : On s'est dissipés.

 

FEMME : Comme des malentendus.

 

HOMME : On a avalé notre extrait de naissance, on a cassé notre pipe, on a fait couic...

 

FEMME : On a fait le grand saut !

 

HOMME : On mange les pissenlits par la racine.

 

FEMME : On mange les salades par le trognon !

 

HOMME : C'est drôlement bien que tu sois là.

 

FEMME : Moi qui croyais que ç'allait être triste et lugubre, après la vie, ça me rassure de rire avec toi.

 

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